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Mots de soutien

 

 

À propose des photographies de femmes tsiganes d'Eric Roset par Claire Auzias.

 

Mots d'accueil, Maurice Jecker Parvex, professeur-chercheur ESF-TS.

 

Exposition à Annecy, texte de présentation de Jean Bernard Mazens, conseiller technique et pédagogique en photographies.

 

A PROPOS DES PHOTOGRAPHIES DE FEMMES TSIGANES D'ERIC ROSET PAR CLAIRE AUZIAS

 

Les Tsiganes font partie de ces sujets choyés des photographes : exotisme garanti, force visuelle. Quel que soit le style du photographe, il trouvera son content dans ces personnages de tous pays unis dans une puissance évocatrice qui fut souvent célébrée : En Arles, avec  ne serait-ce que Lucien Clergues, l’illustre prédécesseur ; mais on trouve des photographies de tsiganes de tous pays depuis le XIXe siècle dans les musées d’Europe.

 

Eric Roset s’inscrit donc dans cette tradition picturale qui saisit un moment d’expression et nous l´offre pour l’immobilité  à venir. Mais ses photos des femmes, davantage que de ses autres sujets et personnages, sont signés d’une idiosyncrasie  reconnaissable  de loin : Ses femmes sont ultra-modernes, peut- être même post -modernes. Elles  vivent en divers pays d’Europe, rurales ou urbaines, caravanières ou sédentaires mais jamais elles ne sont figées sur papier glacé pour la postérité des stéréotypes qui ont tant fait  dans la construction d’une Gitane imaginaire : Non ; les femmes observées par Eric Roset n’ont pas à rougir de leur place dans l’Europe d’aujourd’hui, car elles agissent comme toutes les femmes d’ Europe : elles s’assoient entre elles pour parler, entre femmes : deux amies ici, trois commères là-bas, quatre ouvrières romnia ailleurs : des enfants se maquillent , d’autres posent avec la moue boudeuse, voire contrariées carrément. Elles travaillent. Ici les vendanges, là la cueillette, plus loin la cuisine dans des conditions précaires, la marmite en plein air : Les femmes tsiganes photographiées par Eric Roset, ont fui tous les stéréotypes pour camper indubitablement dans le monde actuel, en blue-jeans et Adidas, à moto, en Tongue made in China rose fluo, comme tous les gens de la planète aujourd’hui qui partagent leur niveau économiquement faible.

 

On peut rendre grâce à Eric Roset de s’être écarté de la voie esthète de nos jours rebattue, pour nous conduire vers une autre réalité des femmes tsiganes, celle qui rejoint l’ordinaire de tout-un-chacun. En cela il est précurseur, et loin devant les usages photographiques généraux du monde tsigane.

 

Claire Auzias, 30 novembre 2009

 

 

 

 

Cher Eric, chère Alina, chers invités, chers étudiant-e-s, chers collègues...

 

Permettez.moi quelques paroles d’accueil...

 

C’est avec plaisir que je vous accueille au nom du personnel de la HEF-TS et en particulier, de son directeur et des membres du groupe Déco-expo... au vernissage des œuvres de M. Roset. J’ai tout de suite été touché par les images que M. Roset nous a fait parvenir dans le courant de l’été passé et qu’il nous proposait d’exposer sur nos murs...

 

Il émane de ces photo tant de tendresse, de douceur, de vie... que c’est avec enthousiasme que j’ai soumis la proposition de M. Roset au groupe Déco-expo de notre école... Après avoir visionné le CD des photos, il ne nous fut pas difficile d’accepter avec infiniment de bonheur de donner une réponse positive à M. Roset...

 

Et nous avons ensuite pu faire ensemble le nécessaire pour que son travail photographique intitulé "Opre Roma, Debout les Roms" vous soit présenté dans les locaux de la HEF-TS, à partir de ce soir.

 

J’ai tout de suite été touché par les photographies: la beauté des personnages, la vitalité des mouvements, des couleurs, la dignité des personnages, la finesse des compositions m’ont fasciné.

 

J’ai aimé et j’apprécie cette qualité naturelle des clichés proposés de nous rendre proches des personnes exposées à notre regard. Pour moi il s’agit de belles images, parce que les personnes que je regarde sont belles et qu’elles me communiquent une joie de vivre, des émotions, une fierté d’être homme, d’être femme... Elles nous apportent de l’air, de la musique et de la lumière...

 

Paul Klee, artiste du siècle passé, écrivait dans son journal: "L’art ne reproduit pas le visible, il rend visible"...

 

Il me semble que c’est ce que favorise pour nous, le travail de M. Roset.

 

Regarder quelqu’un dans les yeux et se laisser regarder n’est pas une chose facile en particulier lorsque l’on est étranger, l’un envers l’autre. N’en-est-il pas de même lorsque nous utilisons l’œil de l’appareil photographique pour voir l’autre... en voyage?

 

Nous préférons bien fréquemment voir l’autre furtivement, ou de façon indirecte, sans trop insister...

 

L’artiste a pris, à contre-pied, le discours dominant, excitant la méfiance et la peur de l’autre, soulignant l’étrangeté de l’autre..., pour rendre visible ce qu’il y a de beau, de bon, dans l’autre, notre prochain, ... ! Et je suis convaincu que c’est ce qu’il nous faut aujourd’hui et que c’est ce que notre cœur et nos yeux recherchent...dans une rencontre...

 

Il est manifeste que M. Roset a su vivre et créer cette rencontre, cette création d’une relation, d’un rapport de confiance, si chers aux travailleurs sociaux.

 

Il a su regarder et créer le climat de confiance propice à un véritable échange de regards, un dialogue, une rencontre interpersonnelle marquante...

 

Avec lui, nous entrons non seulement dans la vie quotidienne et dans le décor du monde de quelques personnes, quelque part en Europe ou sur ses routes... Avec lui, nous rencontrons quelqu’un, nous faisons connaissance d’une petite danseuse, d’une famille, d’un groupe de jeunes garçons, de jeunes filles à la porte de leur maison, nous écoutons quelques notes sorties de la clarinette d’un musicien, nous vivons quelques instants auprès du faiseur de paniers, nous partageons l’émotion d’une petite fille... peu à peu se développe une relation, une sorte de dialogue, et puis, nous nous quittons...

 

August Strindberg, dans sa pièce de théâtre: Le songe ou Le château qui pousse, fait dire à un de ses personnages (aveugle !!) "Se rencontrer, se séparer. Se séparer et se retrouver. C’est la vie"... Les liens qui se tissent avec les œuvres de M. Roset... sont bien de ceux-là: un instant de rencontre, un parcours de reconnaissance, une séparation et un plaisir de se retrouver...!!

 

Je sais bien que je suis responsable de ce que je vois et j’assume ma manière de regarder l’autre, de voir ou non le visible... mais je suis infiniment redevable, et j’exprime mes vifs remerciements, à l’artiste de ce qu’il me donne à voir dans cette exposition.

 

Il y a 50 ans, en recevant le prix Nobel de littérature, Albert Camus a parlé de l’engagement des artistes pour la défense des libertés et des valeurs humaines. Il disait notamment, en parlant de l’artiste, "Qu’il traduise les souffrances et le bonheur de tous dans le langage de tous, et il sera compris universellement. En récompense d’une fidélité absolue à la réalité, il obtiendra la communication totale entre les hommes".

 

A l’orée du XXIe s il ne sera pas inutile que des artistes et des travailleurs sociaux unissent leurs forces et leurs sensibilités pour œuvrer ensemble, avec leurs outils, à cette défense des libertés et des valeurs humaines... sans cesse remise en question, fragilisée...

 

Bonne visite de l’exposition, au plaisir de vous rencontrer à nouveau, un autre jour, et place maintenant à la musique et à l’image...

 

Maurice Jecker-Parvex, 17 mars 2007

 

 

EXPOSITION A ANNECY, TEXTE DE PRESENTATION DE JEAN BERNARD MAZENS, CONSEILLER TECHNIQUE ET PEDAGOGIQUE EN PHOTOGRAPHIES

 

tu vois le lac, là, c’est beau

 

tu vois la ville, vieille ou jeune, c’est selon

 

tu passes, une rue, deux rues, une place, trois pavés et, là ?

 

oui, là !

 

une femme, un homme, un enfant, un bébé

 

tu vois ?

 

ne t’inquiète pas, vois !

 

la photographie est au 1/125ème de seconde, elle est plus rapide que ton œil

 

elle va t’en faire voir de toutes les couleurs

 

éric roset accroche

 

il est à son monde comme ces gens du monde sont venus à lui: partage des regards,

 

aristocratie du libre échange, frontières qui ne sont plus

 

de l’est à l’ouest, des campagnes aux villes, il photographie

 

la prise de vue comme un soleil qui est tout proche, la lumière pour sortir de l’ombre,

 

le rouge et le vert pour sortir du noir

 

il manie le plan et l’arrière plan, mais, bon sang ! il y a bien un sens

 

oui: la photographie colle au réel, c’est sa noblesse

 

comme le réel va te sauter aux yeux, c’est inévitable

 

tant mieux,

 

c’est la vie, vois-tu

 

pour éric roset,

 

jean-bernard mazens, 25 novembre 2008